Pari gagné à Tolbiac

JACQUES TOUBON, Ministre de la Culture et de la Francophonie, depuis 1993, Paris, 16 janvier 1995

Le calendrier prévu par les responsables de la Bibliothèque nationale de France a été respecté, chacun en conviendra, dans un temps record: le début des travaux remonte à fin 1990.

Je rends hommage à tous les acteurs du chantier : l'équipe de l'établissement public maître d'ouvrage, ainsi que les ingénieurs, techniciens et ouvriers qui n'ont pas ménagé leur peine. La tâche était ambitieuse puisqu'il s'agissait de créer une institution à la hauteur de la mémoire léguée, en charge de la conservation et de la diffusion de tous les savoirs fondamentaux de notre culture.

Pouvait-on imaginer que la France ne soit pas prête à ce rendez-vous majeur de la fin du siècle? Héritière de la Bibliothèque nationale, fruit de l'acte créateur-de la Bibliothèque de France, la Bibliothèque nationale de France prend place désormais dans le cercle étroit de plus grande bibliothèques du monde.

Comment taire, d'emblée, un étonnement admiratif devant l'ampleur du monument lui-même, tours, esplanade et portiques? Mais, depuis toujours, cet art défie le temps.

Au-delà du parti architectural de Dominique Perrault, audacieux et fonctionnel, il faut saluer la qualité de la réalisation du bâtiment et de l'aménagement des espaces. Le choix privilégié du bois, la conjugaison astucieuse des lumières et l'élégance -du jardin arboré effacent toute impression de froideur: de manière significative, l'architecte a privilégié des matériaux dont le vieillissement est naturel, un peu à l'image des livres qui se patinent avec le temps. Inscrite dans la durée, cette bibliothèque combinera confort et qualité d'accueil, afin d'apporter aux lecteurs un espace de travail et, pourquoi pas, de rêverie.

Je souhaite ici faire justice d'une fausse querelle: il n'y a pas opposition entre une bibliothèque dédiée aux chercheurs solitaires et une autre, offerte aux visiteurs de passage. Certes, les exigences légitimes des chercheurs ne seront ni ignorées ni méconnues. Ceux-ci trouveront non seulement d'excellentes conditions de travail, mais aussi la possibilité, indispensable aujourd'hui, d'être en relation avec d'autres chercheurs. Une politique volontariste de réseaux les mettra en contact avec la communauté scientifique nationale et internationale: je songe notamment à l'ensemble des bibliothèques de province.

Mais sa mission de service public conduit la Bibliothèque nationale de France à proposer à un public plus large un véritable accès au savoir et à la lecture savante. Une grande bibliothèque répond à deux impératifs complémentaires, la conservation et la communication. La conservation sera facilitée par le regroupement de l'ensemble des dix-sept millions de documents.

La communication sera encouragée par l'installation des équipements techniques de transmission et de consultation les plus avancés, dès l'ouverture prochaine au public fin 1996. Ces techniques font entrer de plain pied la Bibliothèque nationale de France dans l'ère du multimédia, lui permettant d'attirer un public peu familier avec les formes traditionnelles d'accès au savoir. C'est là un enjeu démocratique fondamental. Cette grande institution a également une mission culturelle de premier plan: être un centre d'expositions, d'échanges et de colloques afin de mettre en valeur son patrimoine. Elle jouera un rôle décisif dans le rayonnement de la francophonie.

L'inauguration de Tolbiac marque aussi, chacun le devine, une date importante pour Paris. Il n'est pas indifférent que la Bibliothèque nationale de France constitue un élément décisif du rééquilibrage vers l'est parisien.

Si, comme le dit Baudelaire : « ... la forme d'une ville change plus vite que le cœur d'un mortel » , je me réjouis de constater que c'est aujourd'hui l'enracinement des institutions et des pratiques culturelles qui dessinent le Paris de l'an 2000. J'ai la conviction que le vieux et le nouveau Paris se superposent dans notre esprit plus que dans le temps, libérant ainsi la mémoire de toute mélancolie.

Mes encouragements vont à tous ceux qui vont éveiller ce bâtiment et l'ouvrir au public après ces années de travail acharné. Je sais qu'ils le feront avec enthousiasme. Il s'agit d'une ardente obligation, aussi bien que d'une aventure collective passionnante, inscrite dans la continuité de notre culture et de notre histoire.

Extrait de Bibliothèque de France 1989 1995 Dominique Perrault Architecte, arc en rêve centre d’architecture, Artemis, 1995. Ouvrage imprimé à l’occasion de l’inauguration de la Bibliothèque Nationale de France le 30 mars 1995 par François Mitterrand, président de la République française.

 

 

 

The challange of Tolbiac has been met

JACQUES TOUBON, Ministre de la Culture et de la Francophonie, since 1993, Paris, January 16, 1995

Everyone is agreed that the timetable set by the directors of the Bibliothèque nationale de France has been respected to the letter -and the construction works, believe it or not, only began in the final months of 1990. l wish to offer my congratulations to ail those who have taken part in the project. The team from the department of public works which supervised it, and the engineers, technicians and workers involved in the construction, have been totally unsparing in their efforts. Their task was extraordinarily ambitious: to create an institution worthy of the collective memory handed down to us, which could both preserve and disseminate ail the basic knowledge accumulated by our culture.

lt was inconceivable that France should not be equal to this great challenge of the turn of the century -and equal to it she was. From now on, the Bibliothèque nationale de France belongs to a highly exclusive circle: that of the greatest libraries in the world.

The sheer scale of this monument, with its towers, its porticos and its esplanade, is simply breathtaking. But it is in the nature of the art of architecture to defy the constraints of time.

In addition to Dominique Perrault’s magnificent design, l wish to acknowledge the inherent quality of this building, and the way its spaces have been distributed. The decision to use wood, the artful manipulation of light and the elegance of the woodland garden dispel any impression of coldness. The architect has laid powerful emphasis on the use of materials which age naturally, and which acquire a certain patina with time, not unlike books. Built to last, this is a library that combines comfort and hospitality, a library which will offer readers a place for working and -why not?-for dreaming too.

May l also take this opportunity or laying to rest a controversy which was ill-grounded from the start. There is strictly no conflict between a library for the use of researchers working on their own, and a library which serves visitors who are merely passing through. Naturally, the legitimate requirements of researchers will be neither discounted nor ignored. They will find in this library not only the best possible working conditions, but also the chance to me et with their fellow researchers, something which is indispensable in this day and age. As a matter of deliberate policy, networks will be available which will bring them into contact with the rest of the national and international scientific community: l refer, in particular, to the various provincial libraries of France.

But its identity as a public service obliges the Bibliothèque nationale de France to provide access to knowledge and scholarship for a much broader cross-section of the public than is constituted by researchers alone. A great library must fulfil two imperatives that are complementary, namely conservation and communication.

Conservation will be facilitated by the bringing together in one place of seventeen million different documents. Among these will be the collections of the Richelieu library, which will be preserved by automated handling. Communication will be encouraged by advanced techniques for transmission and consultation, available from the moment the library opens to the public at the end of 1996. These techniques will propel the Bibliothèque nationale de France into the multimedia era, enabling it to attract a public which would otherwise have little familiarity with the traditional forms of access to  knowledge. This is one of the fundamental democratic issues.

This great institution also has a cultural mission of vital importance: it must serve as a centre for exhibitions, exchanges and conferences, which will show the legacy it has inherited to best advantage. In the same way, l hope to see it playing a decisive role in promoting the extent and influence of the French language.

Finally, as everybody knows, the date of the inauguration of the Tolbiac library will be a red letter day for the city of Paris. It is no mean matter that the Bibliothèque nationale de France forms a vital element of the re-alignement of the capital toward the east.

If as Baudelaire says, " ... the aspect of a city changes more rapidly than the heart of a mortal," l am delighted to note that the institutions and cultural elements that will define Paris in the year 2 000 are being put in place today. l am convinced that the new Paris overlays the old one more in our minds than in time, and we need not be melancholy on that account. Lastly, a word of encouragement to all those who, under the supervision of president Favier, must now prepare the opening of the library to the public. l know they will do their work with enthusiasm. Theirs is a burning obligation, in addition to an extraordinary collective adventure -they will contribute to something that is part of the continuity of our culture, and of our history.

Extract of Bibliothèque de France 1989 1995 Dominique Perrault Architecte, arc en rêve centre d’architecture, Artemis, 1995. Book printed on the occasion of the inauguration of the Bibliothèque Nationale de France on March 30, 1995 by François Mitterrand, président de la République française.